Point 1 — Le château

Bienvenue devant le Château Vert. Avant de pousser la porte, un petit secret : son nom, il l'a hérité d'un voisin disparu, le vrai Château-Vert, un château fort du Moyen Âge. Mais chut, nous ne vous dirons rien ici… Sa légende (assauts, pamphlet et valet espagnol) vous attend au point 11 : l'ancien Château-Vert. Un indice pour le trouver ? Il se dressait tout près d'ici, au nord du village, au bord du ru de Lombardie. En 1831, un historien voyait encore ses fossés… À vous de les chercher.

Avant lui, le château du comte
L’histoire commence un peu avant 1826. En 1780, le comte de Saint-Morys, conseiller au Parlement de Paris, achète la terre d’Hondainville. Il remplace le vieux château du XVIIᵉ siècle, « mal commode », par un château neuf, et y installe sa galerie de tableaux et son cabinet d’histoire naturelle. Les villageois l’apprécient plutôt : il réside sur ses terres, entretient les chemins et plante, paraît-il, des pommes de terre. Une seule chose les agace : la grande pièce d’eau qu’il a voulue dans la perspective de son parc. L’eau stagnante a remplacé la rivière, et les prés alentour se couvrent de mousse.

Un musicien célèbre derrière les barreaux
La Révolution éclate. Le comte émigre, ses collections partent dans les musées de Paris, et son château devient une prison d’État, jusqu’à cent détenus à la fois. Parmi eux, en 1793 : Joseph Bologne, chevalier de Saint-George. Né en Guadeloupe, escrimeur redoutable, violoniste prodige et compositeur, on le surnommera plus tard le « Mozart noir ». Il a donc peut-être fait ses gammes… sur ce domaine, bien avant nos mariages en musique. [À confirmer : la prison se trouvait-elle bien à l’emplacement de notre château ?]

Un duel et des ruines
Vendu comme bien national, le château est démoli et le parc rasé. Le fils du comte, rentré d’exil et devenu maire du village, meurt en duel en 1817, tué par un certain colonel Barbier-Dufay. Ambiance. Les restes du domaine finissent entre les mains de M. Dumoulin de Paillart.

1826 : on reconstruit
Selon un historien du village écrivant vers 1870, M. Dumoulin « fit reconstruire le château sur de nouveaux plans et put jouir de son œuvre pendant de longues années ». Sur les cartes postales du début du XXᵉ siècle, notre château porte justement le nom de « Château d’Hondainville ». Tout porte donc à croire que le château né en 1826, au bord du ru de Lombardie, est cette reconstruction. [À confirmer aux archives] Les Dumoulin y vivent longtemps : en 1852, ils offrent les fonts baptismaux de l’église pour le baptême du petit Georges. Leur successeur, M. Blin de Bailleul, venu d’Amiens, fait démolir une vieille chapelle du parc, transformée en logement.

Le temps du diplomate
À la fin du XIXᵉ siècle, un homme donne au domaine son âge d’or : M. Aulshoult [orthographe à vérifier], diplomate, amoureux des jardins et maire d’Hondainville pendant de longues années. Il amène l’eau courante et l’électricité, fait faire les fenêtres du grenier et de beaux travaux intérieurs. C’est l’époque des constructions en brique : le château d’eau (point 6), le pigeonnier-lavoir (point 4). Dehors, il crée un jardin de rêve : une immense orangerie, des serres pleines de plantes tropicales et quinze jardiniers (point 3). Les cartes postales de 1900–1920 montrent des palmiers en pots devant la façade et des promenades en barque sur la pièce d’eau. Il repose au cimetière du village.

Des années sombres
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le domaine change de mains, traverse des années difficiles et finit abandonné.

1951 : un cadeau de mariage
À ce moment-là, loin d’ici, près d’Arras, Émile Mullie cultive la ferme de La Haye. Sa fille Thérèse épouse André Lanthiez, et il faut bien installer ces jeunes mariés quelque part. Émile et son épouse achètent donc le Château Vert pour eux. Beau cadeau… sur le papier. Les terres sont pauvres, la maison est en piteux état, et il faut tout reprendre.
Sept enfants sous le même toit. Thérèse et André se lancent dans l’agriculture, puis l’élevage. Et ils remplissent le château : sept enfants, tous nés dans cette maison. Anne, Benoite, Fabienne, Myriam, Florence, Blandine… et un seul garçon, Éric. Six sœurs et un frère : on vous laisse imaginer la file d’attente devant la salle de bains. [Paula : une anecdote d’enfance des sept qu’on raconte à table ?]

Les années 1970 : des cailloux en or
Un jour, la famille découvre que le sol du domaine regorge de graviers. On les vend ; les trous se remplissent d’eau et deviennent les étangs (point 7). Avec cet argent, enfin, le chauffage ! Après vingt hivers picards, ce n’était pas du luxe.
Un petit air de Compiègne. L’argent des graviers finance aussi les seuls grands travaux de leur époque : le petit salon rose et le grand salon. Leur modèle ? Le château de Compiègne, dans l’Oise lui aussi, résidence préférée de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. Pas question de s’offrir les soieries impériales : on imite le papier peint, et les colonnes sont dessinées à la main. Du trompe-l’œil fait maison, avec les moyens du bord et beaucoup de talent. [Paula : qui a dessiné ? quelle pièce de Compiègne a servi de modèle ?]
[Photo : le salon rose aujourd’hui.]

Aujourd’hui
La troisième génération a pris le relais : Paula, la fille d’Éric, fait revivre le domaine. Le château accueille des mariages, des séminaires, des familles en vacances. Et pour ses 200 ans, il ouvre ses portes aux voisins qui passaient devant ses murs sans savoir ce qu’ils cachaient.