Point 2 — La cascade : L’art de tricher avec la nature
Le ru de Lombardie, notre fil d’eau
Le petit ru de Lombardie traverse le domaine avant de rejoindre le Thérain. Déjà vers 1870, l’historien du village situe « dans le vallon du ruisseau de Lombardie » le vieux Château-Vert. Selon l’étude paysagère, le ru est mis en valeur ici « depuis au moins deux siècles » : l’étude s’appuie notamment sur la carte d’état-major de 1818–1824. Il fait presque le tour de la maison, comme une douve… mais la boucle s’arrête là, ce qui cause parfois quelques odeurs ! Une chose est sûre : ce ru a toujours été le cœur de la propriété.
La mode des jardins « paysagers »
Au XIXᵉ siècle, fini les jardins à la française tirés au cordeau. On veut des allées courbes, des pièces d’eau, des rochers, des cascades : une nature plus belle que nature. Sous Napoléon III, Barillet-Deschamps et Alphand en font un art à Paris, avec les cascades artificielles du bois de Vincennes et les rochers des Buttes-Chaumont : la « nature artificialisée » est en vogue. Barillet-Deschamps est-il passé par ici ? Nous cherchons toujours des indices…
Sur les cartes postales
Vers 1900–1920, deux cartes montrent la cascade : deux chutes d’eau tombent dans le canal, entre des rochers. Une autre montre un « pont rustique » dont la rambarde imite des branches d’arbre. Ce « faux bois » en ciment est une signature des parcs Second Empire, comme aux Buttes-Chaumont.
Trois chutes d’eau
Dans notre jardin, l’eau tombe trois fois : une première chute vers le pigeonnier, une deuxième face au château, puis la troisième, la plus grande, au château d’eau, là où le ru retrouve son canal d’origine. Cette courbe magnifique est bien artificielle… et la nature ne l’oublie jamais ! En hiver, lors des grandes pluies, le ru reprend son cours naturel. Depuis la fenêtre du château, on peut même deviner le moment exact où ça va arriver : quand la cascade disparaît et que l’eau est au même niveau des deux côtés, on sait ! Alors toute la technique imaginée il y a plus d’un siècle se met en marche : le puits en face du château se remplit pour éviter que la cave soit inondée, et l’eau reprend son ancien passage, que nous avons même nettoyé cette année.
Tendez l’oreille : ici, rien n’est laissé au hasard
Le bruit de l’eau, les pierres posées à la main, et le canal qui file tout droit.
Une coïncidence à 120 ans d’écart
Pendant les travaux du château, entre 2022 et 2023, nous avons regardé ce jardin avec attention. Il a toujours été ainsi, magnifique : d’un côté ses beaux arbres rares, de l’autre les moutons. Nous avons donc décidé de lui redonner un peu de vie. La paysagiste Joëlle Roubache est presque entrée dans la famille : pendant un an, elle a étudié le jardin existant, ce que nous en rêvions et la façon dont nous le vivions au quotidien. Un jour, en plein chantier, elle se penche sur un grand plan du parc, signé vers 1900 par son paysagiste, M. Henri Riousse. Et là, surprise : son adresse à Paris est presque la même que celle de Joëlle ! Même arrondissement, même rue, à deux numéros près. Une coïncidence à 120 ans d’écart !
Un plan sorti de l’oubli
Ce plan, c’est Éric qui l’a retrouvé, il y a bien longtemps, dans un coin d’une des chambres du château abandonné. Il était exactement comme aujourd’hui… en un peu plus sale ! Éric l’a d’abord accroché à l’entrée du château ; il trône aujourd’hui dans son bureau. Et il ne laisse personne indifférent : même des photographes de Chanel l’ont trouvé plutôt pas mal…
[Photo : le plan du parc vers 1900.]