Point 6 — Le château d’eau (notre accueil)

La tour qui a perdu la tête
Vous êtes à l’accueil. Levez les yeux : ce bâtiment de brique n’a pas toujours servi à remettre des clés de chalet. Et non, Paula ne vous lancera pas ses tresses depuis son bureau comme Raiponce : elle n’a pas les cheveux assez longs… C’est un ancien château d’eau.

À quoi sert un château d’eau ?
Avant l’eau courante, pas de robinet magique. On monte l’eau en hauteur, dans des réservoirs. La tour est plus haute que le château, et c’est tout le secret : la gravité fait le reste. L’eau redescend toute seule, sous pression, jusqu’aux cuisines et salles de bains du château… et jusqu’à la serre expérimentale et ses plantes tropicales assoiffées (point 3).

Une tour à cinq niveaux.
À l’origine, chaque étage avait son rôle :

  • Rez-de-chaussée : une roue à aubes, actionnée par le ru, pompe l’eau.
  • 1er étage : la vanne, qui règle la distribution.
  • 2e étage : un réservoir en béton de 15 000 litres, pour la serre, la fontaine et le jardin.
  • 3e étage : un étage technique.
  • 4e étage : tout en haut, un réservoir en fer, pour le château.

Un luxe de la Belle Époque
Ces petits châteaux d’eau privés fleurissent dans les grandes propriétés entre la fin du XIXᵉ siècle et les années 1930, quand l’eau courante devient le grand confort moderne. Souvenez-vous : c’est M. Holzschuch, le diplomate, qui a amené l’eau au château et créé les serres. Cette tour est donc très probablement son œuvre. Elle fait partie d’un ensemble en brique construit à la fin du XIXᵉ siècle, avec le pigeonnier-lavoir (point 4) et la maisonnette, quand le ru de Lombardie est dévié à travers le domaine.

Un style « pittoresque »
Brique rouge en bandes, bois apparent, escalier extérieur : c’est le style en vogue à cette époque pour les villas et dépendances, inspiré des maisons normandes et anglaises. On ne construit plus seulement utile, on construit joli. D’ailleurs, le village fabriquait ses briques : la monographie d’Hondainville cite deux briqueteries au XIXᵉ siècle.

Deux étages en moins
Une fois l’eau du réseau arrivée, la tour ne sert plus. Personne ne l’entretient, et au fil des années, les deux étages du haut, l’étage technique et le réservoir en fer, finissent par s’effondrer.

[Photo : carte postale « Le Moulin du Château »]

« Le Moulin du Château »
C’est ainsi que l’éditeur d’une carte postale du début du XXᵉ siècle a légendé notre tour. Un moulin ? Oui, et pas qu’un peu ! Au rez-de-chaussée, une roue à aubes actionnée par le ru montait l’eau jusqu’aux réservoirs. Et juste derrière l’accueil, un moulin servait à moudre le grain : la tour était à la fois château d’eau et moulin. Entrez, tendez l’oreille… vous entendez ? Oui, oui, c’est l’eau qui coule sous vos pieds !

2005 : Éric s’y attaque
Quand Éric Lanthiez revient du Brésil au domaine en 2005, il décide de la sauver. Première étape : se débarrasser du vieux réservoir en béton du deuxième étage, une grande boîte de 15 000 litres. Il le casse lui-même… et manque bien d’y laisser sa peau.

Et demain ?
La tour abrite aujourd’hui notre accueil. L’ancienne salle du réservoir deviendra bientôt une nouvelle salle. En attendant, elle a trouvé des locataires : des pigeons. Ils n’ont pas lu le panneau du point 4, qui leur est pourtant consacré.