Point 4 — Le pigeonnier
Un privilège à plumes
Aujourd’hui, les pigeons n’ont pas très bonne presse. Pendant des siècles, pourtant, ils ont été un trésor, et un pigeonnier, un signe de pouvoir.
Un droit réservé aux seigneurs
Sous l’Ancien Régime, on ne construit pas un pigeonnier comme on veut. Le « droit de colombier » est un privilège seigneurial, et la taille du pigeonnier dépend souvent des terres que l’on possède. Les pigeons, eux, vont picorer les champs des paysans, qui n’ont pas le droit de les chasser. On comprend que le sujet échauffe les esprits.
La nuit du 4 août 1789
La Révolution abolit les privilèges, et avec eux le droit exclusif de colombier. Désormais, chacun peut avoir ses pigeons. Au XIXᵉ siècle, les pigeonniers se multiplient dans les fermes et les propriétés.
Pourquoi tant d’amour pour les pigeons ?
Pour leur viande, tendre et appréciée. Et surtout pour leur fiente, la « colombine », l’un des meilleurs engrais de l’époque, qu’on se dispute pour les potagers.
Pigeons en haut, lessive en bas
Le nôtre a une particularité : il était aussi un lavoir. L’eau du ru de Lombardie y entre d’un côté et ressort de l’autre. En haut, les pigeons ; en bas, on lavait le linge dans l’eau courante.
Sur une carte postale vers 1910…
…on le voit tel qu’il était : octogonal, en brique, avec de grandes arcades ouvertes en bas, où passe l’eau du lavoir, et l’étage des pigeons au-dessus, sous un joli bandeau de brique décorative.
Un trésor sous un tas de terre
Pendant des années, le lavoir disparaît sous la terre. Un jour, Éric Lanthiez, alors âgé de 14 ans, remarque un tas de terre. Dans sa tête, c’est sûr : il y a un trésor là-dessous ! Il commence à creuser… et découvre le fond, puis une entrée d’eau, très, très timide. Mais c’est l’époque des pensions : il doit repartir à l’école. Une semaine plus tard, à son retour, surprise : l’eau du ru remplit de nouveau le bassin autour du pigeonnier ! Il nettoie tout, à la main. Depuis, c’est son coin préféré du domaine.
2020 : une seconde jeunesse
Quarante ans plus tard, le pigeonnier retrouve son éclat. Éric lui offre une toiture neuve en ardoise, comme celle du château, un nouveau sol et des boiseries réalisées avec son ami ébéniste. Et les pigeons ? Après les travaux, ils sont revenus : ils aiment le confort…
De quand date-t-il ?
Probablement de la fin du XIXᵉ siècle. À cette époque, le cours du ru de Lombardie est dévié pour traverser le domaine, et le pigeonnier-lavoir est construit sur son nouveau passage. Il appartient à une même famille de bâtiments en brique : le château d’eau (point 6) et la maisonnette voisine datent sans doute de la même campagne de travaux. Levez la tête : les petites ouvertures servaient d’entrée aux pigeons, et à l’intérieur, les niches dans les murs (les « boulins ») accueillaient les nids.