Point 3 – Serre Expérimentale

Quinze jardiniers et des plantes du bout du monde
Fermez les yeux. Remplacez ce que vous voyez par des vitres qui brillent au soleil, de l’air chaud et humide, des feuilles immenses venues des tropiques. Vous êtes dans le jardin de M. Holzschuch.

Un maire jardinier
M. Holzschuch s’installe d’abord au Château Vert, à la fin du XIXᵉ siècle, puis devient maire d’Hondainville de 1905 à 1928 (son fils le sera à son tour de 1932 à 1937). C’est un bâtisseur : il amène l’eau et l’électricité au château, fait faire les fenêtres du grenier. Mais sa passion, ce sont les plantes.

Une orangerie immense
Il fait construire une très grande orangerie et plusieurs petites serres, où l’on expérimente des plantes tropicales. Autour, il monte un grand mur pour y cultiver pommiers et poiriers en espalier, une technique ancienne pour capter le soleil et la chaleur. Le mur exposé au sud existait déjà : il l’a simplement agrandi. Et collé à ce mur, côté extérieur, il ouvre un magasin où il vend plantes et fruits. Pour tout cela, pas moins de quinze jardiniers. Quinze ! Aujourd’hui, nous en avons deux, et nous en sommes ravis : Éric, l’actuel propriétaire, qui ne lâche pas son jardin, et Bernard, lui aussi passionné de plantes.

Un parc à la mode de Paris
Le parc lui-même raconte cette passion. En 2021, une paysagiste qui l’a étudié y reconnaît le style de Barillet-Deschamps, le jardinier en chef d’Haussmann, créateur des Buttes-Chaumont et du parc Montsouris : allées courbes qui ramènent toujours vers la maison, pièce d’eau devant le château, arbres « en majesté » isolés sur la pelouse. Son constat : un ancien propriétaire, « amateur de jardins au point de produire ses propres plantes », a dessiné ce parc en connaissant visiblement ceux de Paris.

Pourquoi une orangerie ?
Depuis Louis XIV et l’orangerie de Versailles, tout château qui se respecte veut ses agrumes. L’hiver, on rentre les orangers en pot à l’abri ; l’été, on les sort au jardin. Au XIXᵉ siècle, le verre et la fonte permettent de construire de vraies serres chauffées, et les plantes exotiques deviennent la grande mode. Barillet-Deschamps lui-même dessine une grande serre pour l’Exposition universelle de 1867.

Une carte postale témoin
Vers 1900–1920, une carte intitulée « Serres du château » montre une grande serre vitrée, un bassin avec jet d’eau devant, et des allées fleuries. Sur d’autres cartes de la même époque, des palmiers en pots et une plante aux feuilles immenses, sans doute un bananier, posent devant la façade du château. Les plantes des tropiques prenaient l’air l’été !

Et après ?
La serre du Château Vert n’existe plus. Dans un coin du parc, il reste ce que la paysagiste appelle « une esthétique du vestige » : d’anciens arbres fruitiers palissés, les restes effondrés d’une serre de production horticole. Réussirons-nous un jour à la reconstruire ? C’est le rêve de Paula ! Biologiste et brésilo-picarde, elle y verrait bien de l’açaí, des avocatiers et des manguiers : de quoi nous faire du bien et nous réchauffer le cœur !